Réseau social de la Fing

Dispositif distribué d'innovations et d'expérimentations urbaines

Petit sondage à l'attention des habitants connectés...

May 25, 2011 par Amandine Brugière   Commentaires (0)

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Un atelier de l’expédition « Habitants connectés », tenu en avril dernier, a été l’occasion de poser 3 questions aux participants :

- Qu'est-ce qui a, selon vous, le plus transformé le cadre de vie et l'habitat les dix dernières années... ?

- Qu'est-ce qui va, selon vous, transformer le cadre de vie et l'habitat les dix prochaines années ?

- Au regard des transformations à venir, quelles sont les attentes vis-à-vis des technologies numériques ?

S’il ne s’agit pas là d’une enquête quantitative et représentative, les réponses s’en sont pas moins qualitativement très intéressantes à observer…

Des réponses formulées, 3 grands facteurs transformateurs des modes de vie se distinguent.

Le premier concerne les grands moments de vie : vie étudiante, conjugale, familiale, célibat… 
L’évolution des modes de vie, liée à l’âge et aux différentes situations de vie, est apparue comme le facteur de transformation le plus « marquant » émotionnellement pour les participants. Si ce n’est pas anormal en soi, cela nous a tout de même surpris, tant nous nous attendions à une surabondance de réponses « techniques »…  Le domicile contient une charge émotionnelle forte, et reflète une partie de ce que nous sommes ou à tout le moins de ce que nous vivons. L’évolution de cette « intériorité »[1] est donc vécue plus fortement que celle due à des contraintes extérieures, objectives, matérialistes…

Cela explique aussi sans doute le souhait d’habitat flexible, d’habitat évolutif. Plutôt que de changer de domicile, on cherche en premier lieu à adapter le sien. Quand on en change, c’est qu’une nouvelle étape de vie commence (et une autre se termine).

Le deuxième facteur touche aux contraintes ou pressions « sociétales » : la paupérisation de la société, le développement massif des normes et de la réglementation, les exigences de développement durable…

Cela représente tout ce que les habitants ne maîtrisent pas, tout ce qu’ils subissent, et qui contraint fortement leur quotidien. Mais, visiblement, cela représente aussi ce qui les pousse à être inventifs, créatifs au domicile, pour recréer une certaine qualité de vie… 

Ainsi, face au pouvoir d’achat qui diminue, les habitants se « projettent » dans des communautés d’entraide, de solidarités de proximité. Ils imaginent une diminution de leur consommation en même temps que des systèmes de recyclage intelligent, et à forte valeur ajoutée. Face au besoin d’accueil à domicile des (grands-)parents, les enfants s’organisent pour recréer des univers assez compartimentés, pour maintenir des espaces de vie et de liberté, au sein de cette « nouvelle collectivité ».

Enfin, face à la multiplication attendue des normes et des règles de sécurité, paralysant parfois les fonctionnements, les habitants cherchent à retrouver la maîtrise de leur environnement, par le bricolage, l’aménagement, etc.

On peut faire l’hypothèse que ces projections constituent de véritables émergences, et non pas seulement des pratiques fantasmées…

 

Enfin le troisième facteur concerne les progrès technologiques, en particulier dans le champ du numérique

L’extrême rapidité des évolutions technologiques est pour ainsi dire une « constante » : elle a été une réalité les années passées, les participants s’attendent à ce que ce le soit encore dans les années à venir.

Ce sont essentiellement les technologies numériques qui sont pointées : la multiplication des écrans (avec une diminution de l’occupation de l’espace utile), l’entrée des box, des consoles de jeux, l’apparition du tactile. A l’avenir, les technologies numériques sont appréhendées comme étant incorporisées aux matériaux, qui deviennent de plus en plus innovants, voire même « intelligents » : le verre, le textile, les éclairages ou sources de lumière. Toute surface devient potentiellement une interface. Les interactions, sur un mode ludique ou sérieux se généralisent…

D’où les attentes du côté des technologies :

  • d’une plus grande « fluidité » entre services, entre « devices ». Par fluidité il faut entendre à la fois la nécessaire interopérabilité technique, mais aussi, du point de vue de l’usage, de formes « d’intuitivité » : des outils pas plus compliqués à utiliser qu’un tournevis ou un marteau !
  • d’une moindre détermination servicielle: un usage ne fait pas toujours sens quand il est pré-déterminé. Or aujourd’hui on prédétermine les chemins d’utilisation, à travers des scénarios d’usage – relativement pauvres -, et desquels il est impossible de s’éloigner. Imaginons plutôt des briques faciles à assembler, façonnables à souhait, en fonction des besoins du quotidien, des spécificités individuelles, familiales, etc.
  • d’une capacité de liaison et d’ouverture : des technologies qui participent au lien social, et à l’ouverture – maîtrisée – sur le monde.  
  • de marqueurs d’identité : des objets et services technologiques dans lesquels on imprime qui nous sommes, et qui par l’aide qu’ils apportent, agissent comme une seconde conscience

En conclusion, notons que de ces réponses transparaît le caractère absolument multidimensionnel de l’habitat : un espace où viennent se conjuguer des éléments exogènes, endogènes, objectif, subjectif, individuel et collectif : influences technologiques, contraintes sociétales (par exemple des « éthiques sociétales » – maîtrise de sa consommation d’énergie, les réglementations – sécurité des bâtiment, etc.), vie personnelle… Voilà qui en fait toute la complexité !

 

[1] Emmanuel Levinas, Totalité et infini, essai sur l’extériorité

  


 

 

 

 



[1] Emmanuel Levinas, Totalité et infini, essai sur l’extériorité