November 30, 2011 par Amandine Brugière
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Le 5 octobre se tenait la 3e rencontre du groupe de travail Citélabo OpenData à la mairie de Paris, portant sur les données des entreprises. Il s’agissait de se demander si/comment la dynamique en cours dans le secteur public pouvait s’étendre au secteur privé. Les entreprises sont-elles prêtes à ouvrir leurs données ? Quels intérêts auraient-elles à le faire ? Voici un compte-rendu des échanges.
Aujourd’hui, les data sont partout : trace d’usages, de communication, de consommation, données personnelles, individuelles, collectives consolidées, historique de la relation clients, etc. Savoir capturer ces données, savoir les analyser sont des compétences à part entière, et participent même à la valorisation des entreprises : comme le prouve l’exemple de Facebook dont la valeur boursière repose exclusivement sur la « puissance » attendue des données individuelles récoltées.
Un sujet encore méconnu
Dans le domaine public la dynamique d’ouverture des données est quasi-irréversible: la directive européenne a initié le mouvement, tandis que les pays anglo-saxons en ont fait un véritable argument politique avec les portails Data.gov et . Le sujet de l’ouverture et de la réutilisation des données s’invite maintenant dans toutes les campagnes électorales, et les acteurs y sont familiarisés. Mais il n’en va pas de même du côté des acteurs privés.
Pour les entreprises, hormis celles qui en ont fait leur activité principale, il s’agit d’un sujet neuf, loin d’être approprié. C’est que révèle l’enquête de l’agence Blue Nove présentée par Martin Duval, et qui a donné lieu à la publication d’un livre blanc « Open Data : quels enjeux et opportunités pour l’entreprise ? » . Sur les 5000 contacts approchés pour l’enquête, seule une centaine d’entreprises a répondu. Et parmi elles, seulement 47% déclare savoir ce qu’est l’Open Data. Et quand le sujet est abordé, c’est de manière assez frileuse : ainsi seules les données « environnementales » ou « techniques » sont considérées comme étant partageables. Les données marketing, plus stratégiques, ne sont absolument pas abordées, explique Martin Duval.
Parmi les obstacles perçus à l’ouverture, se trouve bien sûr la volonté de garder le contrôle, et de ne rien livrer à la concurrence. Et quel intérêt en effet une entreprise aurait-elle à ouvrir ses données ?
Pourquoi ouvrir ?
Pour Nicolas Debock de la DIDES du groupe La Poste, plusieurs raisons peuvent être avancées, et valables aussi bien pour le secteur public que privé.
La première d’entre elles repose sur l’idée que si les entreprises ne le font pas, d’autres le feront à leur place. Cela est particulièrement vrai pour les entreprises qui tissent des liens directs avec leurs publics/clients finaux, comme le prouve cette initiative d’internautes français « Check My Map » de redessiner les plans de métro parisien et d’obtenir par là la libre utilisation de ces données. Cette mésaventure de la RATP montre que la non-ouverture des données peut être – parfois - facilement déjouée, et que l’ouverture peut en outre enrichir les données ou la qualité d’un service rendu, par la co-production plus large rendue possible.
Deuxièmement il faut considérer les données comme étant aujourd’hui l’ADN de l’entreprise. Or selon la théorie de l’évolution de Darwin, « si on ne croise pas les gènes, on ne sera pas dans les espèces de demain ». Soit une deuxième bonne raison d’ouvrir.
Enfin, la troisième raison réside dans la conception même de la valeur en économie : la force de la valeur est d’être partagée. Tout le défi de l’open data entreprises consiste donc à réussir à créer de la valeur pour l’entreprise et pour le client. Les modèles économiques de type Premium offrent par exemple la possibilité d’ouvrir les données largement, de les faire connaître etde permettre une création de valeur nouvelle (pour des tiers) tout en assurant des revenus à l’entreprise « source ».
De nouveaux métiers se profilent autour du marketing de la donnée. Peut-être aussi de nouvelles activités pour des entreprises en charge d’assurer la diffusion de la donnée, la maintenance des serveurs, etc. : des sortes de supermarchés de la donnée. De nouveaux modèles économiques aussi tels que le montrent les exemples des géants de l’Internet, Google, Amazon, qui ont fait de la réutilisation des données via les API le cœur du modèle économique.
Si la réticence à ouvrir les données est forte aujourd’hui du côté des entreprises, à l’inverse, l’intérêt d’utiliser des données ouvertes est bien compris : particulièrement des données administratives, géographiques, de transport. Avec la précaution que ces données soient fiables, de qualité, et leur diffusion pérenne.
Les données « stratégiques »
Pour le groupe Laser, spécialiste de l’intermédiation et de la relation client, positionné sur le CtoB (Consumer to business), la question de la Data est centrale. De l’analyse des données, de la connaissance clients, des tendances de consommation émergeantes découlent directement des offres de services : crédit, assurances, relation client à distance… La donnée est stratégique. Dans ce contexte qu’est-ce qui peut être diffusé ou mutualisé sans risque ? La question n’est pas tranchée.
Mais toutes les données dont disposent les entreprises ne sont pas « stratégiques ». Beaucoup d’autres émergent, qui n’ont pas directement de valeur intrinsèque. Ainsi Thomas Perianu de la direction du développement durable chez Suez Environnement confiait que l’entreprise récoltait des données sur la qualité physico-chimique des environnements : la hauteur des rivières, la présence de travaux sur la chaussée. Données dont ils ne font rien eux-mêmes directement – ou dont le potentiel n’est pas encore perçu -, mais qui pourraient intéresser d’autres acteurs.
Ces données nouvelles, crées au cours de l’activité, peuvent se révéler à forte « valeur ajoutée ». Comuto, l’entreprise gestionnaire du service covoiturage.fr se retrouve ainsi avec des données « en or », sans l’avoir prémédité. Les co-voitureurs, adhérents au site (plus d’un million quatre) déclarent les trajets qu’ils vont faire pour pouvoir les partager en ligne et trouver des co-voitureurs. De ces déclarations, il est possible d’en extraire des « données prédictives » (ou encore appelées « futur data ») sur le trafic. Celles-ci sont à même d’intéresser des organisations telles que Bison Fûté (qui établit lui ses prédictions à partir des années précédentes), des sociétés d’autoroute, des restaurants et autres structures d’accueil, hôtels, etc.
Les collectivités territoriales pourraient-elles inciter les professionnels territoriaux du tourisme à ouvrir leurs données « prédictives » de fréquentation ?
Les données personnelles
De ces exemples on voit qu’il suffirait d’un rien pour que la dynamique d’ouverture de données se lance massivement dans le secteur privé. Sans doute cela part-il d’une meilleure compréhension de la problématique « d’ouverture » car qui dit « open » ne dit pas tout ouvert, gratuitement, librement.
Le lancement du projet MyData du gouvernement anglais de D. Cameron met en jeu open data et données personnelles, ce qui peut sembler antinomique de prime abord. Le projet repose sur le constat que les entreprises accumulent des données sur les consommateurs-clients, et que ces derniers n’ont presque rien en échange, ou tout juste quelques services en plus. Il propose donc que si l’entreprise sait quelque chose sur un individu, elle doit partager cette information avec l’individu en question. Il ne s’agit donc pas d’ouvrir les données personnes à tout va, mais de les rendre aux personnes concernées.
Cette posture pousse l’idée d’un commerce centré sur les personnes, où les citoyens-consommateurs pourraient reconstruire leur autonomie. C’est le projet VRM (Vendor Relationship Manager).
Cela croise en outre un mouvement singulier en plein développement : le « quantified self ».
Comment faire en sorte que cela produise de la valeur pour les entreprises et pas seulement pour les consommateurs ? Comment les applications vont-elles émerger ? questionne Daniel Kaplan. C’est ce que le groupe de travail FING « Mes infos » commence à explorer.
Comment ouvrir ?
Sans doute existe-t-il mille et une façons possibles, pertinentes… La société GS1 gestionnaire des (Gen Code / Code barre) est venue présenter « proxi-produit » (un projet retenue dans l’AAP Proxima Mobile), un dispositif participant à la circulation des données entre fabricants et fournisseurs, et clients. Grâce à un système de lecture des codes barre par les téléphones, de nouvelles informations peuvent être diffusées à partir des produits vendus, transportés, etc. Par exemple des informations sur les données environnementales, etc.
Le sujet de l’ouverture des données entreprises fera l’objet d’un groupe de travail en 2012, à la FING. S’il vous intéresse d’y participer, n’hésitez pas à nous contacter.