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Projet d'expédition à discuter : "Aux frontières du Do It Yourself"

June 13, 2011 par Daniel Kaplan   Commentaires (0)

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1- De quoi s’agit-il ?

Et si, demain les modèles d’innovation ouverte et "horizontale" de l’internet s’appliquaient à la production industrielle, aux services urbains, à la distribution, à la ville, au vivant… ? Et si les pratiques dites "amateures" se confondaient, là aussi, avec les pratiques professionnelles, comme cela a été (en partie) le cas ces dernières années dans les domaines de la production de contenus multimédia ou de services en ligne ?

Derrière un tel scénario se posent plusieurs questions importantes :

  • Celle de l’extension du domaine du "do it yourself" (ou plutôt du "do it ourselves", le bricoleur d’hier étant désormais raccordé en réseau, voire organisé en communautés), jusqu’à un stade où il transforme la nature même des produits, les conditions de fonctionnement d’un marché ou d’un territoire… ;
  • Celle des effets d’une montée en charge de ces pratiques sur les grandes entreprises, leur relation avec les écosystèmes d’innovation et de production ;
  • Celle de la tension entre le possible, le probable et le souhaitable : le "do it yourself" est à la fois une tendance, une perspective sociale positive, et un sujet d’inquiétude quand il s’applique à certains domaine (le vivant, par exemple).

Sur la base d’une observation fine des dynamiques concrètes du "DIY", cette expédition se fixe pour objectif de fournir des réponses concrètes et ambitieuses à ces questions.

2- Que pourrait-on attendre d’une expédition Fing ?

L’expédition a pour vocation d’aller tester les limites de l’extension du Do It Yourself / Do It Ourselves, pour en ramener des opportunités, des défis, des conditions de développement et des pistes d’action :

  • Dans quels domaines un développement des pratiques du DIY/DIO paraît-il le plus probable / favorable / difficile / ou problématique ?
  • Pour changer quoi ? Les objets et les services eux-mêmes, les modes de conception, la production, les cycles de vie, les modèles économiques, les écosystèmes d’innovation, l’apprentissage… ?
  • Où et pour qui ? Nord et Sud, entrepreneurs, designers ou amateurs… ? Qui participe, contribue, en bénéficie ou non ?
  • A quelle échelle ? Celle du bricolage, du prototype, de l’artisanat, de la production en série… ?

Sur cette base, l’expédition se fixera pour objectifs :

  • De décrire les opportunités qui émergent pour des jeunes entreprises, des créateurs, des territoires… ;
  • D’imaginer les manières dont les grandes entreprises installées pourraient appréhender le développement de ces pratiques ;
  • D’identifier les conditions et les infrastructures nécessaires pour l’extension et le passage à l’échelle du DIY/DIO, bien au-delà du domaine du numérique ;
  • D’explorer les risques, quand ils existent et les manières d’y répondre.

3- Pourquoi est-ce important ?

Parce que les pratiques d’innovation ascendantes (DIY/DIO) issues du monde de l’internet arrivent dans le monde physique de la production tangible, des services et de l’industrie. Or, si l’on prolonge l’analogie avec ce qu’il s’est passé dans le numérique, ces nouvelles pratiques :

  • S’installeront pour durer dans le paysage de l’innovation ;
  • Inventeront de nouveaux objets, de nouveaux hybrides produits-services, de nouveaux modèles économiques, des nouvelles formes d’innovation, de nouveaux écosystèmes, etc. – dont certains n’auraient jamais pu émerger chez les grands acteurs installés ;
  • Pourraient rendre viables des modèles jusqu’ici considérés impraticables dans un monde régi par les rendements décroissants : "longue traîne", production personnalisée, production locale, "produits à terminer", coproduction avec les consommateurs…
  • Abaisseront les deux barrières majeures à l’innovation : la "barrière basse", à l’entrée, celle qui sépare la perception du besoin de la capacité à prototyper une idée ; et la "barrière haute", celle qui rend difficile l’ascension d’une innovation dans le système de décision d’une entreprise ;
  • Mettront l’expérimentation, l’essai / erreur, la coconception, la coopétition et les pratiques horizontales au centre de leur développement – en différence marquée avec les modèles d’innovation plus linéaires et planifiés qui demeurent dominants ;
  • Représenteront un défi pour des modèles d’innovation et de production fortement fondés sur la protection de la propriété intellectuelle et industrielle ;
  • Produiront des usages à la fois excitants, profondément novateurs, et déstabilisants, voire inquiétants ;
  • Contribueront à changer les relations des citoyens à la production et la consommation, ainsi qu’à la technologie…

En outre, parce qu’elles ont une dimension à la fois locale, communautaire et globale, ces pratiques pourraient aussi fournir des réponses nouvelles à des enjeux émergents tels que les cycles courts, la relocalisation de certaines productions, l’allongement des délais d’obsolescence des objets, le retour de la réparation, etc.

Bref, l’hypothèse d’une extension et d’un "passage à l’échelle" des pratiques de bricolage avancé, outillées et interconnectées par les outils numériques, emmenées par des communautés de "bidouilleurs" dotées d’une culture et de compétences, peut avoir des effets systémiques sur le plan économique et social.

4- Qui est concerné ?

  • Les grandes entreprises industrielles, de service, de distribution, dont les modèles d’innovation et d’affaires pourraient se voir mis au défi de répondre à des formes de concurrence inédites ;
  • Les innovateurs, designers, entrepreneurs, pour lesquelles cela représente une "nouvelle frontière" au potentiel plus important encore que celui du numérique ;
  • Les territoires, dans les pays développés comme dans les autres, pour lesquels ces dynamiques peuvent représenter des opportunités nouvelles ;
  • Les acteurs publics, dans leurs politiques d’innovation, d’éducation, d’aménagement, mais aussi dans leur rôle de régulateur ou parfois, de garant de la sécurité publique.

5- Quels sont les leviers numériques de changement ?

Innovation

  • La numérisation de la chaine de conception-production rendent le passage de l’idée au dessin, du dessin au prototype, du prototype au test et (s’agissant d’objets) à la petite série, considérablement plus rapide et moins coûteux ;
  • L’articulation produits-services, la production d’objets "intelligents", n’est plus l’apanage des entreprises les plus avancées, ni un moyen de fermer son marché ;
  • L’internet rend plus aisé de montrer et valoriser sa production (modèle Myspace pour la musique, au prix d’une parcellisation de l’offre.

Partage et échange

  • Les plans réduits à des fichiers numériques s’échangent et se partagent, c’est le cas des fichiers dont les licences le permettent (objets "open source"), mais également dont ceux dont les licences ne le permettent pas… ;
  • Il devient plus aisé de regrouper les compétences nécessaires à des projets complexes ;
  • L’échange en réseau permet à des concepts nouveaux de circuler plus vite, de s’améliorer, d’évoluer vers d’autres formes et usages, sans emprunter les chemins traditionnels de l’innovation industrielle.

Production et distribution :

  • Des espaces de conception, de prototypage et de production, localisés et mis en réseau, peuvent constituer une infrastructure globale significative ;
  • Des prestataires spécialisés fournissent des briques et des ressources, des composants logistiques – sur le modèle des "mashups" du web 2.0 ;
  • Des plates-formes en ligne de production et de distribution émergent, comme une sorte de "cloud" de la production industrielle…

6- Que rêverions-nous que cette expédition accomplisse ?

Dans l’idéal cette expédition :

  • Libérera une floraison d’innovations "d’en bas" et/ou hétérodoxes, dans la production, la distribution, les modèles économiques, la création, etc. ;
  • Offrira aux grandes entreprises, aux groupes industriels et investisseurs des opportunités de mieux travailler avec un écosystème prometteur ;
  • Posera les bases d’une nouvelle "culture du faire", à travers des modules de formation qui remettront l’expérimentation au cœur de l’apprentissage ;
  • Insufflera des évolutions vertueuses dans les modèles industriels (déchets, cycles-courts, cradle to cradle, etc.)
  • Fera émerger concrètement des infrastructures accompagnant le mouvement du “Do it ourselves”. Ces lieux, intermédiaires, méthodes, etc. pourront être aussi bien porté par des acteurs publics que par des entreprises ou d’autres formes de collectifs ;

7- Quelques exemples ou références