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Innovation monétaire

Quelles innovations pourraient être pertinentes en terme de monnaies et de monnaies complémentaires.

Notions de base - Annexe 6 - Les monnaies alternatives (Accès: Lecture : Public)

March 21, 2012 par Fabien Eychenne   Commentaires (0)

Version du mardi 21 février 2012

Points importants :

  • Outre les monnaies complémentaires pour orienter les échanges commerciaux vers un territoire ou un type de biens et de services et celles qui s’intéressent aux échanges non commerciaux, il existe des monnaies alternatives dont le but est de palier le manque de monnaie conventionnelle 

  • Les monnaies alternatives sont indépendantes et même étanches avec les monnaies conventionnelles. Elles doivent disposer de leur propre mécanisme de création monétaire ; 

  • Une monnaie comme le SCEC italien distribue un revenu minimum universel à chacun de ses membres en fonction de la nécessité d’augmenter la masse monétaire ; 

  • Une monnaie comme le WIR suisse utilise un crédit mutuel, c’est à dire qu’il y a autant de comptes en négatifs que de comptes en positifs avec une masse monétaire nulle ; 

Des monnaies pour combler le manque de monnaie

Les monnaies complémentaires se placent dans un champ autre que les monnaies conventionnelles (dans le cas de monnaies non commerciales comme les SELs) ou bien servent à orienter les échanges commerciaux (dans le cas par exemple des monnaies locales complémentaires comme le Chiemgauer ou le SOL Violette).

 

Dans d’autres cas, des monnaies alternatives sont mises en place du fait du manque de monnaie conventionnelle. C’est ainsi que le Red de Trueque Solidario1 (RTS) s’est mis en place pendant la crise en Argentine entre 1998 et 2002 ou encore que des monnaies franches se sont développées à partir des propositions de Sylvio Gesell entre 1919 et 1958 en France, Allemagne, Autriche et Brésil2.

 

Le WIR une monnaie pour être indépendant des crises financières et monétaires3
Une idée pour favoriser l’échange est de rendre l’économie indépendante des crises bancaires et monétaires (une dizaine par an depuis 25 ans). C’est l’idée qu’ont eue seize hommes d’affaires suisses et que relate Bernard Lietaer4. Peu de temps après la crise de 1929, les banques réduisaient leur ligne de crédit et certains hommes d’affaires ne pouvaient plus payer leurs fournisseurs. En 1934, seize hommes d’affaires ont décidé de continuer malgré tout de faire des transactions entre eux en comptabilisant leurs crédits et débits dans une monnaie commune, le WIR (d’une valeur équivalente à celle du franc suisse).

 

Ainsi, lorsque tout va bien, les sociétés échangent en francs suisses et lorsque les crises impactent la capacité de financement des sociétés, celles-ci échangent plutôt en WIR. Aujourd’hui, la Banque coopérative WIR5 basée à Bâle compte 75 000 PME clientes, soit un quart des entreprises suisses qui échangent près de 2 milliards de dollars annuellement. Une étude américaine à montré que ce système est le secret de la stabilité de l’économie suisse6.

La question de la masse monétaire

Les monnaies complémentaires prévues pour les échanges économiques ne créent pas directement de la masse monétaire : de la monnaie conventionnelle est convertie dans la monnaie complémentaire qui oriente les échanges vers certains produits ou vers un territoire particulier. Les utilisateurs de la monnaie peuvent avoir un petit avantage dans cette conversion (par exemple 1 euro-RES est équivallent à 1 euro mais on peut acheter 110 euro-RES avec 100 euros). Tout se passe alors du point de vue de l’utilisateur comme s’il avait une carte de fidélité qui lui donne un avantage à acheter local. En y regardant de plus près, la masse monétaire est en fait dédoublée : le billet de 100 euros qui est convertis en monnaie complémentaire permet de faire des échanges dans la monnaie complémentaire, mais il est également placé dans une banque ou une société financière afin de garantir la monnaie complémentaire. Au passage cet argent produit des intérêts qui permettent de financer le fonctionnement de la monnaie. L’argent converti permet ainsi de faciliter certains échanges et de produire des intérêts.

 

Les monnaies alternatives sont indépendantes des monnaies conventionnelles. Il se pose alors la question de savoir comment créer la masse monétaire et comment choisir de la faire évoluer. La théorie quantitative de la monnaie considère qu’il faut créer exactement la masse monétaire nécessaire aux échanges. Si la masse monétaire est trop grande, il y a plus d’acheteurs portentiel que de biens et services à vendre et c’est l’inflation. Si la masse monétaire est trop faible, il n’est pas possible de vendre toute la production et le chomage se développe.

 

Il existe trois façons de créer une masse monétaire équilibrée et de la redistribuer dans l’économie :

  1. 1.L’Etat (ou une autorité pour une monnaie complémentaire) choisit la masse monétaire a créer (il fait tourner la “planche à billet”) et l’utilise pour ses investissements, ce qui le réinjecte dans l’économie. Mais il peut être tenté de créer plus d’argent afin de pouvoir investir en masse et obtenir un avantage concurrentiel par rapport à d’autres pays plus rigoureux. 

  2. 2.Les banques créent l’argent à partir de la promesse que vous allez les rembourser. C’est dans ce cas la dette qui permet de créer de la monnaie. Pas de dette pas d’argent ! et avec le mécanisme d’intérêt, il faut rembourser plus d’argent qu’il n’en a été créé et donc s’endetter plus pour permettre de créer l’argent des intérêts précédents… C’est dans cette situation que nous sommes. L’europe en particulier s’est interdite d’utiliser la création monétaire par décision d’état. 

  3. 3.Chaque citoyen reçoit une part équivalente de la masse monétaire à créer et la réinjecte dans l’économie par ses achats. On parle alors de dividende universel, d’allocation universelle7 ou de Revenu Minimum Universel. Cette fois, la masse monétaire à créer est calculée régulièrement et distribuée à part égale entre chaque personne. Les personnes les plus riches en reversent une part à la collectivité dans leurs impôts, alors que les plus pauvres, non imposables disposent ainsi d’un revenu minimum. 

Une solution par le Dividende Universel

Des expérimentation de revenu minimum8
Différents partis politiques à droite comme à gauche, défendent en France l’idée d’un dividende universel. Cette idée a été testée dans le cadre de la Big Coallition en Namibie dans le secteur de Otjivero-Omitara9 avec une expérimentation de deux ans qui a démarrée en 2008. L’introduction de ce revenu minimum garanti a eu plusieurs conséquences comme  l’explique Herbert Jauch : “Le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté est passé de 76 à 37 %. Avant l’expérience, près de la moitié des enfants étaient sous-alimentés, aujourd’hui ils sont moins de 10 % ; 90 % finissent leur scolarité, avant, ils n’étaient que 60 %. Et la criminalité a baissé.10

 

D’autres pays ont lancé des expérimentations depuis : l’Inde depuis janvier 201111 (22$ par mois), le Brésil avec la Bolsa Familia crée en 2003 (mais uniquement pour les plus pauvres)12. Ces revenus ne sont pas toujours financés par la création monétaire qui reste très majoritairement réservées aux banques par la création de dettes, mais plutôt aujourd’hui par les revenus de ressources minières ou pétrolières comme en Alaska, dans l’état de l’Alberta au Canada, au Koweit ou à Singapour13. Ils montrent cependant la viabilité du système.

 

Il est possible d’utiliser le revenu minimum universel comme mécanisme de création monétaire pour une monnaie alternative. C’est ce qu’à fait le SCEC italien14 (Solidarietà ChE Cammina, la solidarité qui marche) lancé en avril 2008 par l’association Arcipelago et utilisé par une communauté de plus de 10000 italiens. Chaque mois, les membres adhérant au système reçoivent exactement la même somme d’argent sous la forme de bons SCEC (1 SCEC = 1 euro) qu’ils peuvent utiliser dans les commerces adhérents.

Une solution sans masse monétaire

Une autre solution consiste à… ne pas avoir de masse monétaire. Dans le cadre du WIR Suisse, il s’agissait au départ de simplement noter les crédits et les dettes entre chacun pour continuer les transactions lorsqu’il n’y avait plus assez de monnaie conventionnelle. Un tel système de “crédit mutuel” permet une masse monétaire globale égale à zéro. Elle est bien adaptée dans le cas où les débits et les crédits s’équilibrent suffisamment ce qui est souvent le cas des échanges entre entreprise (B2B - Business to Business). Bernard Lietaer propose la mise en place d’un système entre entreprises de type WIR à l’échelle de la zone euro.

 

Il serait intéressant de voir comment un tel système pourrait se mettre en place avec des consommateurs (B2C), ce qui nécessiterait que chaque personne puisse également gagner des sommes en monnaie complémentaire par son propre travail (car ce type de monnaie est totalement étanche avec les monnaies conventionnelles). Il serait également nécessaire de disposer d’un mécanisme permettant de ne pas trop creuser l’écart entre les comptes qui sont avec les plus forts crédits et ceux qui ont les plus forts débits.

1 Troc en Argentine : un réseau social et un réseau bancaire - http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=927

2 De l’innovation monétaire aux monnaies de l’innovation, FYP édition 2010, page 42 - chapitre 3 : différentes monnaies pour différents objectifs – encadré “Silvio Gesell et les monnaies franches” –http://www.internetactu.net/2011/01/05/linnovation-monetaire-35-differentes-monnaies-pour-differents-objectifs/

3 Extrait de l’innovation monétaire aux monnaies de l’innovation, ibid. page 43

4 Bernard Lietaer, comment les entreprises peuvent se préserver elles-mêmes des conséquences de la crise bancaire http://www.lietaer.com/images/B2B_pour_entreprises_1p_Francais.pdf

5 Banque coopérative WIR : http://www.wir.ch/

6 James Stodder, “Corporate Barter and Economic Stabilization”.International Journal of Community Currency Research.Vol.2 , 1998.Http : //www.bendigo.latrobe.edu.au/a / Voir aussi Stodder, James : « Reciprocal Exchange Networks: Implications for Macroeconomic Stability” Albuquerque, New Mexico: Article présenté au International Electronic and Electrical Engineering(IEEE) Engineering Management Society (EMS) en août 2000

7 http://fr.wikipedia.org/wiki/Allocation_universelle

8 Voir aussi le Basic Income Earth Network : http://www.basicincome.org/bien/

9 Basic Income Grant Coalition in Namibia : http://www.bignam.org/

10 Namibie, les miracles du revenu Minimum Garanti, Franfurter Rundschau, 29 avril 2010 repris dans courrier international : http://www.courrierinternational.com/article/2010/04/29/les-miracles-du-revenu-minimum-garanti

11 Basic Income News : India Basic Income Pilot Projects : http://binews.org/2011/09/india-basic-income-pilot-projects-are-underway/

12 Bolsa Familia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bolsa_Fam%C3%ADlia

13 http://fr.wikipedia.org/wiki/Allocation_universelle#Applications

14 http://scecservice.org/wp-index/