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Open Data

Ouvrir les données et après ?

Open Data in the UK (Accès: Lecture : Public)

November 25, 2010 par francois bancilhon   Commentaires (7)

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La semaine dernière, j'étais à Londres pour l'Open Government Data Camp. Cet événement de deux jours (jeudi et vendredi) était organisé par l'Open Knowledge Foundation à ULU (University of London Union). Pas mal de monde (200 inscrits), une réunion bien organisée, de type barcamp, alternant présentations longues ou courtes et débats en plus petits comités. Beaucoup de bouillonnement, de réseautage, d'enthousiasme, et d'énergie.

Le public était ce que j'ai l'habitude de voir dans ce genre de manifestation : essentiellement masculin (90 à 95%), relativement jeune (pas de vieux, votre serviteur excepté), pas de très jeunes non plus, très Apple malgré le goût de l'ouverture (iBook+ iPad+ iPhone), un mélange jeans/costume avec une bonne majorité de jeans, et une grosse minorité de non britanniques, dont un petit contingent de Français.

L'Open Knowledge Foundation est l'organisation qui a mis en place CKAN (Comprehensive Knowledge Archive Network), un annuaire des données publiques mondial, rempli essentiellement par crowdsourcing. L'annuaire contient 1557 « data packages » (dont 8 répondent au mot clé « France »). C'est eux qui ont fourni la technologie back end utilisée par data.gov.uk. La fondation est présidée par Rufus Pollock.

Vendredi matin, s'est tenue dans un lieu plus chic, et en présence de la presse et des médias audiovisuels, une réunion organisée conjointement par l'Open Knowledge Foundation et le gouvernement britannique. Le premier ministre était attendu, mais comme souvent dans ces cas là, il est venu par vidéo interposée. A sa place, Francis Maude (Minister for the Cabinet Office, Paymaster General) a longuement parlé avec énergie, enthousiasme et humour (britannique bien entendu). Parmi de multiples intervenants, c'est Tim Berners-Lee qui a bien entendu le plus mobilisé le public avec un discours dynamique et visionnaire.

Voici ce que j'ai retenu :

  1. Gouvernance et consensus : il n'y a pas de gouvernance claire et centralisée de data.gov.uk (par exemple pas de patron de cette organisation), le contrôle est partagé entre le cabinet du premier ministre et les archives nationales, le travail est fait par un nombre de sociétés sous-traitantes, très branchées Web sémantique. Le rôle de l'Open Knowledge Foundation et des la communauté de contributeurs est non négligeable. Enfin, dans la presse, on note la présence du Guardian, très mobilisé par le « data journalism ».

  2. Gratuité des données : aucune discussion sur le concept de faire payer les données, elles sont là pour être libérées, point barre. La valorisation des données n'est pas monétaire. On est donc à 100 lieues du discours de l'APIE en France.

  3. Type de données : les données dont on parle sont essentiellement du XLS (les vrais bases de données sont rares, les données textuelles aussi, au moins dans le discours)

  4. Eco système : peu de discours sur l'idée de créer un éco système, générant des revenus à partir des données libérées. Quelques start ups ont été présentées, mais à la question « comment va-t-on gagner de l'argent », Berners-Lee a répondu « les geeks vont travailler gratuitement, et quand ils en auront marre du gratuit, d'autres geeks prendront leur place. C'est la mission de la presse de faire ce travail d'exploitation des données : « the press will have to become data savvy »

  5. Retombées : un certains nombre d'applications ou de startups qui ont développé autour de ces données ont été présentées : « where did my money go », « who supplies the government », une application de mise en relation du fichiers des pourvoyeurs et du fichier des entreprises, une base de donnée ouverte du monde des entreprises : opencorporates.com, une société qui fournit des applications de visualisation des données Timetric (3 ans d'age, 7 personnes) a présenté une jolie interface pour explorer les données. Leur mot d'ordre : « voir, comparer, partager ». Mais encore une fois, la génération de revenus n'a pas été mise en avant

  6. Externalisation : une idée qui m'a paru intéressante, elle est non explicité mais est plus ou moins sous-jacente au discours général : en externalisant les données, on va externaliser gratuitement le processus d'intégration et de qualification des données, donc les organismes publics vont se retrouver avec des données de meilleures qualités et cohérentes. En résumé l'état peut externaliser son processus EAI vers la communauté open data

  7. Motivation : les deux motivations de l'ouverture des données sont la transparence et l'efficacité; Sur la transparence, le témoin a été passé par les travaillistes aux conservateurs qui n'ont pas remis en cause le principe et l'ont même accéléré. la mise en ligne de toutes les dépenses de plus 25K£ par les agences du gouvernement et bientôt la mise en ligne de l'intégralité des contrats correspondants. Le chiffre de 196 000 lignes articles de dépenses a été mentionné. Francis Maude a mentionné le masochisme du gouvernement en la matière et insisté sur le fait que cette pratique serait souvent douloureuse pour le gouvernement, mais il ne attend des retombées positives. Sur l'efficacité, c'est clairement le nouveau message : de la transparence viendra le jeu plus clair et plus intense de la concurrence et donc un meilleur emploi des ressources financières et des prix plus bas. Le discours est là clairement libéral (« modern deregulation »)

  8. Web sémantique : Le discours technique dominant de cette communauté est toujours très orienté « Web sémantique », « linked data » et RDF, sans qu'on voie à ce jour de vrai impact de cette approche. Aucun doute ne se manifeste chez les tenants de cette technologie : c'est la seule solution du problème et elle est en train de marcher (mais je n'ai cependant entendu aucune évidence convaincante de ces deux faits). La partie de data.gov.uk qui est en mode « linked data » concerne en fait une vingtaine de jeux de données sur les 4 000 indexés par le site. Cela correspond aussi à la suggestion de Tim Berners-Lee qu'il vaut mieux traiter à fond un petit nombre de jeux de données que de traiter superficiellement un grand nombre (donc en profondeur d'abord, plutôt qu'en largeur d'abord). Enfin le mode de notation par étoiles montre que l'on se préoccupe plus de données au format linked data que de données ouvertes

  9. Euroscepticisme : je n'ai pas pu m'empêcher de sourire au solide euroscepticisme de nos amis britanniques. Quand Tim Berners Lee parle de coopération internationale (et pour de bonnes raisons : de nombreuses données, par exemple celles du climat et de l'environnement sont transnationales), il parle de travailler avec les USA et les USA. Nigel Shadbolt a étendu le concept de coopération à la nouvelle Zélande et l'Australie, (nostalgie de l'Empire ?), mais l'Europe n'est clairement pas leur sujet d'intérêt. Les liens entre les données ne sont pas prêts de traverser la Manche.

 

 

Merci de ce CR, que je ne peux appréhender immédiatement. Je me le réserve pour la soirée.

Bien à toi - Dominique

Dominique Dardel il y a 905 jours

Oui, vraiment merci de ce retour !  Très instructif - Amandine

Amandine Brugière il y a 905 jours

Merci effectivement pour ce précieux retour.

Sylvain Hellegouarch il y a 905 jours

Extrêmement intéressant, merci. J'ai particulièrement aimé la description du public ;)

Julien C il y a 905 jours

C'est pas de l'euroscepticisme. Ou pas que. C'est aussi pour la plupart une incapacité à parler une autre langue que l'anglais. Notre systeme d'éducation comme le leur n'est pas terrible en la matière.

Gilles P il y a 901 jours

Intéressant comme note de synthèse. Par contre, je ne crois pas à l'euroscepticisme comme principale motivation. Ou pas que l'absence d'informations valables sur ce qui se décide à Bruxelles par nos etats membres. C'est aussi pour la plupart une incapacité à parler une autre langue que l'anglais. Notre systeme d'éducation comme le leur n'est pas terrible en la matière et ça n'aide pas franchement à la coopération.

Tu n'as assisté à aucun débat plus profond autour du crowdsourcing ? Certains ne sont pas contents que cela soit cantonné à la chasse au gaspillage dans le cadre des coupures budgétaires.

Gilles P il y a 901 jours

@ Gilles P : complètement d'accord avec cette analyse : la langue est un ferment direct (ou à l'opposé un frein)

Amandine Brugière il y a 901 jours

En ce moment sur Open Data 

Save the Date : Open Data week, à Nantes, du 21 au 25 mai. Inscriptions bientôt ouvertes

 

 

 

Bonjour à tous, 

Depuis que je m'intéresse à la politique, je m'aperçois à quel point notre démocratie va mal (peut-on d'ailleurs encore parler de démocratie ? Gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ?)
...malgré les élections présidentielles, on voit que beaucoup de citoyens ne sentent pas leurs idées représentées, qu'on assiste trop rarement à des débats de fond et que souvent les logiques partisanes prennent le dessus... on le sent, les jeux de pouvoirs sont ailleurs, complexes et opaques. 
Pour améliorer ces dysfonctionnements, un grand nombre de citoyens réclament plus de transparence et de lisibilité de l'action publique. C'est dans ce sens que le mouvement OpenData me semble le plus important... Beaucoup de gens voudraient aussi être plus consultés, et même pouvoir participer à l'élaboration des projets politiques, comme le prévoit pourtant l'article VI de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen (inscrite en préambule de la constitution française !) :

"La Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation."

C'est de ce constat qu'est né le projet parlement-et-citoyens, qui vise à donner la possibilité aux citoyens de participer à l'élaboration des propositions de lois des députés et sénateurs, en toute transparence et avec la conviction qu'il vaut mieux accompagner les élus et travailler dans un esprit de coopération plutôt que de rentrer dans une logique de confrontation directe. 
Ainsi, j'ai fondé (avec d'autres convaincus) le collectif "Démocratie Ouverte" qui est non-partisan, trans-national (francophone) et constitué de simples citoyens. Il n'a aucune couleur politique. 
Avec ce collectif, je présenterai l'outil parlement-et-citoyens lors d'un évènement inédit :
Un GouvCamp, le 10 Avril à l'Assemblée nationale à Paris.
Cet évènement sera aussi l'occasion d'imaginer ce que pourrait être une démocratie plus ouverte, plus transparente, plus participative et plus coopérative. Nous parlerons évidemment d'OpenData, comme une des composantes essentielles de l'OpenGov.
L'évènement est ouvert à tous (dans la limite des places disponibles).
Je profite aussi de ce message pour solliciter votre aide, et notamment votre aide financière, à travers un système de don en ligne qu'on a mis en place pour l'occasion : http://fr.ulule.com/gouvcamp/ (tout est expliqué sur la page, après avoir cliqué sur le lien. Vous pourez aussi accéder au lien d'inscription depuis cette page).
Pour nous aider vous pouvez aussi : 
  • Passer le mot ! - Tweetez, Partagez sur vos murs facebook et transférez ce mail à un maximum de personnes dans votre entourage.
  • Nous faire rencontrer des partenaires, des sponsors ou des médias pour relayer l'information dans la presse... 

Merci d'avance à tous, 

 

Armel le Coz

Armel LE COZ il y a 418 jours - Posté sur : Open Data
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