April 12, 2011 par Marine Albarede
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Cette deuxième web-conférence CitéLabo avait pour objet de partager et de débattre des productions et enseignements de la mission que la Fing et ses partenaires (laboratoires ADES et MICA de l' Université de Bordeaux 3 et Aquitaine Europe Communication) ont menée en 2009 et 2010 sur le territoire de 4 communes de la rive droite de Bordeaux, Bassens, Cenon, Floirac et Lormont, regroupées dans le Grand Projet des Villes (GPV).
Pour en parler étaient présents : Thierry Marcou, directeur du CitéLabo (Fing), Fabien Eychenne, chargé de projet à la Fing, Etienne Parin, directeur du GPV de la Rive Droite de la Garonne et Loïc Hay, chargé de mission Internet (Artesi).
Notre objectif dans ces travaux était de répondre à une question simple : peut-on s'appuyer sur les dynamiques numériques d'expression et de collaboration pour nourrir un projet de renouvellement urbain ? Et si oui, comment ?
Ci-dessous un résumé des échanges de cette conférence, et l'archive vidéo intégrale.
Un territoire complexe
La naissance du GPV est brièvement rappelée par Etienne Parin. La Rive droite de la Garonne, dans l'agglomération bordelaise, est un territoire complexe à l'histoire récente, dont l'urbanisation date du 19e siècle. Lieu lointain dans l'imaginaire des bordelais et souffrant d'une image plutôt négative (certes en évolution ces dernières années) notamment en raison de la forte présence de grands ensembles, il existait donc une difficulté d'ordre mental pour rapprocher ce territoire de Bordeaux.
Partant notamment de ces constats, plusieurs programmes de réhabilitation sont menés, et au début des années 2000 est lancé le GPV, afin d'associer divers acteurs autour de la table (un groupement d'intérêt public est d'ailleurs créé en 2001 qu'Etienne Parin dirige aujourd'hui).
Il y a deux ou trois ans, s'est posée la question de la relation de la population au changement, le projet du GPV voulu étant de grande ampleur et global. Des études psycho-socio ont révélé plusieurs attitudes se succèdant face à ce changement (perplexité, inquiétude, euphorie, banalisation) posant toutes sortes de questions. Il s'agit notamment de réfléchir en matière de communication ; quels outils utiliser? Par ailleurs, comment prendre le pouls du territoire en permanence?
Dans ce cadre, les technologies 2.0 seraient un moyen de rendre plus interactifs les échanges des habitants (ayant des pratiques du numériques très diverses) et des élus, bailleurs, etc. Autre question, comment avoir une nouvelle pratique de l'efficacité décisionnelle?
Une méthodologie partenariale et reproductible
La mission menée dans le cadre du GPV, comme le rappelle Thierry Marcou, s'appuie sur une volonté de mieux comprendre et se représenter ces expressions des pratiques numériques du territoire.
Le projet est mené selon un travail partenarial (FING, laboratoires MICA et ADES de l'Université de Bordeaux, Aquitaine Europe Communication, société Linkfluence).
Une première étape du projet a consisté à faire la mesure quantitative de l'équipement et des usages du numérique sur le territoire du GPV. Il s'agissait d'aller au-delà d'un diagnostic numérique « simple » du territoire, en différenciant même les territoires. Les résultats issus de ces études confirment quelques résultats classiques (notamment en lien avec la CSP) mais révèlent aussi d'autres choses moins attendues, notamment une fracture numérique au final assez faible dans ces quartiers ou encore la forte utilisation du mobile dans les quartiers de « barres ».
Par ailleurs, c''est aussi la présence des associations et acteurs publics sur le web qui a été étudiée par deux études menées en parallèle.
Un deuxième temps d'étude a consisté à repérer et cartographier les « espaces numériques » du territoire (qui publie sur le local?), travail effectué en collaboration avec Linkfluence. La méthode, qui articule travail manuel et automatisé, a consisté à déterminer des mots clé pour repérer les espaces numériques (entendus comme le web et le web 2.0 parlant du territoire ou émanant du territoire) ; il s'est ensuite agi de thématiser la collecte, et enfin, de représenter les informations collectées (voir à ce sujet les documents produits par la FING). Certains espaces s'affirment comme des Hubs, des têtes de réseaux ou encore des bridges, liant des communautés différentes. Les résultats obtenus révèlent ainsi des forts liens avec le physique, traduisant des liens existants entre des structures réelles.
Emile Hooge, consultant chez Nova7 suivant à distance la conférence, met en avant l'intérêt de la méthode qui fait part au numérique tout en ne négligeant pas l'intervention humaine, la rencontre.
Une question est soulevée par Loïc Hay sur la nature de l'expression numérique : permet-elle de toucher les représentations des habitants?
A cette question, Etienne Parin répond oui et non ; effectivement, ce sont de vrais échanges entre des personnes réelles qui sont permis par ces outils numériques. Cependant, c'est seulement 1% des habitants qui sont concernés, 1% ne couvrant pas la réalité de la complexité du territoire. Pour les élus, cela ne peut pas être pris pour parole d'évangile. Certains phénomènes ne sont pas observables dans le numérique, est cité l'exemple des ados qui marquent leur territoire dans la réalité et beaucoup moins dans le numérique, puisque qu'ils peuvent utiliser des espaces qu'ils possèdent déjà.
Un participant à distance pointe que le web local est un lieu de l'expression non démocratique qui pourrait aller à l'encontre de la co-construction locale. Etienne Parin souligne que certes, des précautions sont à prendre, mais que des collectivités sont prêtes à prendre le risque.
Reproductibilité de la démarche et évolutivité
Thierry Marcou insiste sur le fait que la méthodologie établie sur le GPV l'a été avec la volonté que les autres territoires s'en saisissent, comme une méthodologie perfectible. L'idée est également de faire évoluer ce qui a été observé à un moment T. Il s'agit ainsi de pérenniser la plate-forme, cette étude entendant notamment élargir la vision des Collectivités territoriales.
Notons qu'en termes de temps et de coût, nous sommes sur une durée de projet de 6-8 mois ( ce qui n'est pas totalement significatif car cette durée englobe l'invention de la méthode, phase qui n'existera lors de reproductions éventuelles de la démarche) et un coût de 10-15 K€.
Les composants de la plate-forme
PINS (plate-forme d'innovation numérique et sociale) a pour objectif de favoriser l'innovation décentralisée et l'appropriation des ressources de la ville par les habitants, et ainsi d'imaginer de nouvelles formes du jeu urbain. Elle s'appuie sur les dynamiques numériques repérées sur le territoire dans une première phase du projet.
L'architecture du projet PINS a été élaborée grâce à des réunions avec différents acteurs. Quatre grands ensembles peuvent être identifiés au sein de PINS (Espace public, Données ouvertes, Faire voir (des initiatives existantes), Projets citoyens), qui cadrent les fonctions très diverses de la plate-forme, allant d'une cartographie du territoire à la stimulation du débat public. La Fing a réalisé un cahier des charges pour cette plate-forme, qui devrait prochainement faire l'objet d'un appel à maîtrise d'oeuvre du GPV.
Les différentes fonctions de PINS (détaillées dans le document « Cahier des charges de la plate-forme d'innovation numérique et sociale », disponible sur le réseau social CitéLabo), devront être priorisées, comme le rappelle Etienne Parin. Si du côté du Wiki Territorial des envies ont déjà été identifiées, si la réflexion sur l'Open data et la cartographie est déjà avancée, la question de la participation citoyenne devra encore faire l'objet de discussions et de choix politiques.
A la question posée par Loïc Hay de savoir de quelle manière conduire le projet (va-t-on passer d'une première version à une deuxième, ou la version sera-t-elle évolutive ?), Etienne Parin répond en réaffirmant l'évolutivité de la plateforme. Si ce territoire est une chance, on peut attendre un effet tâche d'huile, une montée en échelle, laissant éventuellement une place à d'autres territoires.
Gouvernance et animation de la plate-forme
Les ateliers de co-conception, qui ont notamment permis de faire ressortir les grandes fonctionnalités de la plate-forme, doivent être pérennisés dans l'animation de la plate-forme. Des ateliers d'initiation sont d'ores et déjà prévus.
L'architecture de la plate-forme, telle qu'elle a été pensée, est encore à tester : le Comité de pilotage (regroupant des élus des 4 communes du GPV, les responsables du GPV et l’animateur de PINS) sera en charge de la définition des grandes orientations et un comité éditorial mettra en oeuvre ces orientations. Une troisième dimension consiste en l'animation quotidienne de PINS. La séparation du pilotage et de la réalisation restera primordiale pour une bonne mise en oeuvre du projet.