July 19, 2011 par Marine Albarede
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citelabo, lift11, pratiques collaboratives
[Article originellement publié sur InternetActu par Hubert Guillaud]
Robin Chase (blog) est une serial entrepreneuse reconnue. Après avoir fondé Zipcar, la plus grande entreprise d’autopartage du monde, et GoLoco, une communauté autour du covoiturage, elle a lancé Buzzcar, un service de partage de voitures. Invitée dans les plus grandes conférences (TED), elle a reçu de nombreuses récompenses dans le domaine de l’innovation, du design et de l’environnement.
Pendant longtemps les villes ont été construites de manière très chaotique, sans structure… Il a fallu attendre le baron Haussmann et ses grands travaux pour que la ville change. Mais accepterions-nous encore facilement des travaux à cette échelle ? Aujourd’hui, ce sont les bureaucrates qui créent des villes, très structurées, très zonées, rappelle Robin Chase sur la scène de Lift à Marseille. Elles ne sont pas parfaites pour autant estime Robin Chase en évoquant les réactions des sans domiciles fixes qui pendant plusieurs mois ont envahis les quais du canal Saint-Martin à Paris.
Internet permet également aux gens de prendre le pouvoir. C’est grâce à nos contributions que Facebook, Google ou YouTube sont devenus de grandes sociétés. Mais ces grandes sociétés ne nous rétribuent pas pour ce qu’on leur apporte. “Faut-il croire que tout désormais va devoir être gratuit ?” L’entrepreneuse ne semble pas vouloir s’y résoudre.

Image : Robin Chase sur la scène de Lift Marseille, photographiée par Pierre Métivier.
Les grandes plateformes du web donnent du pouvoir aux gens. On parle d’empowerment (ou capacitation) pour évoquer cette montée en puissance du public à l’heure du web 2.0. Et pour Robin, c’est bien là l’enjeu de l’internet : “je veux bâtir des plateformes qui donnent du pouvoir aux gens !”, lance-t-elle comme un credo en évoquant les succès de plateformes comme MeetUp, une plateforme pour organiser des réunions physiques qui en 10 ans d’existence totalise 7,2 millions de membres et propose quelques 250 000 rencontres par mois ; Etsy, ce site fondé en 2006 et qui propose à la vente 1,5 million d’objets fabriqués par les gens ; Waze, fondé en 2006 et qui avec ses 2 millions d’utilisateurs permet de partager des informations de trafic depuis le GPS de son téléphone mobile ; AirBNB lancé en 2008 qui permet de trouver des logements chez les particuliers a déjà permis de loger 1,6 millions de personnes depuis son lancement ; Couchsurfing créé depuis 2003 propose 1,2 million de canapés chez l’habitant et a déjà enchanté 5,4 millions de participants.
Robin Chase compare Couchsurfing aux grandes chaînes d’hôtels internationaux. En 8 ans, Couchsurfing a réussi à atteindre 2 fois plus de propositions de couchages que les plus grandes chaines d’hôtels à travers le monde qui ont mis 50 ans à bâtir leurs empires… Il y a assurément là une révolution dont les effets sont invisibles, car difficilement mesurables, estime l’entrepreneuse.
On pourrait ajouter Covoiturage.fr que présentait rapidement juste après Robin Chase, Frédéric Mazella, président de Comuto, la société éditrice du service. Covoiturage.fr est un service pour organiser et trouver des solutions de covoiturage, plutôt longues distances et irrégulières que régulières. Le service totalise 1,2 million de membres, 18 millions de pages vues, 50 000 nouveaux membres chaque mois et a permis d’économiser 180 000 tonnes de CO² l’année dernière. Récemment, pour le week-end de l’Ascension il a permis, en observant les gens qui avaient prévu de faire un déplacement pendant le pont, d’anticiper et prédire le trafic (vidéo), ce qui est une autre piste de développement pour ce type de service.
Pour Robin Chase, “les dispositifs intelligents sont des sources de transformation”. La nouvelle logique économique consiste à proposer ce dont on dispose en excès. “Les gens mettent en ligne leurs capacités excédentaires. Pour innover, il suffit de regarder ce qu’on peut distribuer d’excédentaire sur une plateforme commune dématérialisée.” C’est ce qu’elle a imaginé avec Buzzcar. Buzzcar est un service de covoiturage qui permet à tout un chacun de proposer au prêt le véhicule qu’il n’utilise pas. L’idée est d’utiliser les voitures inutilisées des autres. Buzzcar fonctionne comme une vaste flotte de véhicules à la demande pour tous ces utilisateurs qui n’ont pas besoin d’acheter une voiture pour s’en servir seulement 5 % du temps. Il est très simple de réserver une voiture (vidéo) ou de rendre sa voiture disponible aux autres (vidéo). De sélectionner et réserver la voiture, d’évaluer le propriétaire qui la loue comme le locataire qui l’emprunte. Bien sûr, Robin Chase nous sort un couplet sur les avantages du covoiturage pour l’environnement : notamment que le système permet de réduire le nombre de véhicules en circulation, de réduire le nombre de places de parking. Les utilisateurs de Buzzcar ont tendance à conduire 80 % de moins que les propriétaires de voiture et chaque véhicule proposé à la location est en moyenne utilisé par 30 à 40 personnes…
Dommage pourtant que Robin Chase n’aille pas plus loin dans le profil des gens qui utilisent BuzzCar. Car on aimerait bien comprendre qui sont ces utilisateurs ? On aimerait bien savoir si ceux qui prêtent leurs voitures sont les mêmes que ceux qui prêtent un canapé ou échangent leurs maisons ? Et si ce n’est pas le cas, on aimerait bien savoir pourquoi ? Les plateformes du web pour la consommation collaborative sont toutes traitées de la même façon : tout le monde insiste sur leur potentiel, aligne des chiffres pour montrer que ces services explosent, sans aller bien loin sur la compréhension des motivations des personnes qui les utilisent… On ne sait rien des raisons qui poussent les gens à les utiliser ou à les abandonner. On a l’impression que la consommation collaborative est un vaste mouvement de société, plutôt uniforme, alors que les motivations des gens sont sans doute très différentes, comme le montre bien le service imaginé par Robin Chase où beaucoup d’utilisateurs sont certainement plus là pour rentabiliser leur achat de véhicule que par soucis écologiques.
L’internet peut effectivement nous permettre de “profiter” des opportunités de la ville et de les développer, comme le conclut Robin Chase. Reste à savoir en quoi cette personnalisation fait sens et si le sens qu’on porte à cette consommation collaborative est vraiment le même que celui que lui porte les utilisateurs. Rassembler dans un même mouvement des comportements très altruistes et d’autres très individualistes, sans comprendre vraiment les différences de motivation qui expliquent les comportements des gens risquent de nous faire croire à des phénomènes de sociétés qui n’ont en fait rien de commun entre eux.
Robin Chase a certainement raison quand elle explique que ces consommations collaboratives ne sont certainement plus des modèles marginaux. Elles sont plus naturelles que d’autres modes de consommation : la propriété n’est finalement le plus souvent qu’un avantage de l’âge. Pour autant, de là à dire qu’ils forment systèmes, il y a un pas que les défenseurs de la consommation collaborative franchissent sans démonstration et qui mériterait un peu plus d’attention pour ne pas prendre les vessies du web 2.0 pour des lanternes.
Hubert Guillaud