April 2, 2010 par Charles Nepote
Commentaires (4)
Lors de nos nombreuses discussions avec les acteurs de la réutilisation des données publiques, nous entendons régulièrement les inquiétudes voire les contre-arguments de certains acteurs. Je vous propose d'en faire un peu le tour et d'y apporter des éléments de réponse et de débat. (La liste est sans ordre particulier.)
1. Je suis une administration. Les sociétés privées vont faire de l'argent sur mes données.
2. Je suis une entreprise. D'autres entreprises, voie mes concurrents, vont se faire de l'argent sur mes données.
3. Google va faire du fric sur mes données.
4. Si j'ouvre mes données, la fréquentation de mon site va baisser.
5. Que se passe-t-il s'il est fait une mauvaise utilisation de mes données ? C'est vers moi que le public se retournera !
6. Entre nous, la transparence est un problème, notamment pour les politiques. Pourquoi donner le bâton pour se faire battre ?
Il en existe probablement d'autres que, j'en suis sûr, vous aller signaler. Dans ma grande mansuétude je propose une réponse, non limitative, à l'interrogation n° 1. Les autres feront l'objet de publications ultérieures mais vous pouvez aussi vous lancer vous-mêmes.
1. Je suis une administration. Les sociétés privées vont faire de l'argent sur mes données.
Elles vont aussi payer des impôts, générer de l'emploi et dynamiser votre territoire en offrant des services innovants. C'est ce que les économistes appellent les "externalités positives". Cela pose-t-il problème à partir du moment où la réutilisation de vos données est aussi rendue possible avec les mêmes conditions pour tous. Telle association pourra décider par exemple de rendre gratis pro deo le même service qu'une société privée. Faut-il supprimer les routes sous prétexte qu'elles permettent à des sociétés privées de faire de l'argent ?
Et vous ? A quelles inquiétudes faites-vous face ?
A suivre...
Bonjour,
voici quelques bases de réponses et de réflexions de notre retour d'expérience sur les inquiétudes autour de l'opendata
1. Je suis une administration. Les sociétés privées vont faire de l'argent sur mes données.
Nous avons eu de nombreuses discussions avec nos clients institutions sur le sujet (marie, conseil généraux, etc..) et les services responsables des sites Internet (service communication en général) n'ont que peu de réticences dans l'ensemble. Ils comprennent la démarche et y sont plutàt favorables. Je n'ai actuellement jamais rencontré ce type d'argument.
2. Je suis une entreprise. D'autres entreprises, voie mes concurrents, vont se faire de l'argent sur mes données.
Ici effectivement la question est plus problématique, surtout si l'entreprise dispose déjà d'un marché de vente de ses données, ou imagine que ses données sont « monétisables ».
Le souci des concurrents arrive également souvent dans la discussion. Tout dépend des données et donc de leur importance pour des concurrents. Si on imagine une société de transport de marchandises qui diffuse les statistiques de vol et de casse dans ses camions, oui c'est une arme pour les concurrents, mais cela peut se retourner contre les concurrents en jouant l'argument transparence : je suis transparent, je donne mes chiffres, mon concurrent m'attaque sur le sujet mais ne les donne pas.
Pour l'argument : « un concurrent va pouvoir connaître exactement mon réseau, ma structure ». Cela ne tient pas. Les entreprises n'ont pas attendu l'ouverture des données pour connaître en détail la structure et les méthodes de leur concurrentes. Un plan de réseau ou un séquençage de bus peut se recréer à l'aide de documents papiers qui existent depuis longtemps.
3. Google va faire du fric sur mes données.
Nous n'avons jamais eu à faire fasse à cet argument dans des services publics. La question se pose pour des sociétés privées, mais si le fait que Google fasse de l'argent n'empiète pas sur le marché de l'entreprise, il n'y a pas de problème. Dans mon exemple de la société de transport de marchandise, le métier de l'entreprise c'est le transport, pas la vente et l'analyse de données. Je fais de l'argent avec le transport, Google ou d'autres avec des données. La question se pose donc seulement pour des concurrents de Google.
4. Si j'ouvre mes données, la fréquentation de mon site va baisser.
Encore une fois pour les services publics, le web n'est pas leur cÅ“ur de métier, c'est le service au citoyen. Si la fréquentation baisse, mais que le service est rendu le résultat est le même. De plus, cela peut même générer des économies sur le site web (hébergement moins puissant par exemple).
L'argument a existé à l'apparition des sites web qui allait faire baisser la fréquentation aux guichets et la lecture des brochures, la réponse est la même, le service public répond au besoin du citoyen, un site web n'est pas un fait, il est seulement un des moyens offerts aux citoyens pour accéder à une information utile à notre époque. L'information publique existait avant le Web et existera après.
Il ne faut pas confondre l'origine ou l'émetteur de l'information et son canal de diffusion. Un pouvoir public restera toujours à l'origine de l'information, il en sera toujours le garant. Des licences peuvent l'y aider. Le site web n'est qu'un canal. Qu'il s'agisse d'un bottin papier, de microfilmes, d'une base de données accessibles via une API, un canal ne reste qu'un canal.
Pour une entreprise privée, c'est la même chose, si le web n'est pas son métier, son chiffre d'affaire ne sera pas affecté par la baisse de fréquentation de son site web, si les utilisateurs accèdent quand même aux données de l'entreprise. Le but d'un site web est d'informer les clients actuels et potentiels ainsi que les partenaires. L'ouverture des données a le même but, c'est seulement une autre façon de le faire.
Par contre je pense que l'ouverture des données est effectivement directement liée aux sites web. Les informations intéressantes à ouvrir sont dans une immense majorité des cas déjà présentes sur les sites web des services publics et des entreprises. Si on considère par exemple un annuaire des services municipaux sur le site d'une mairie, les informations sont présentes, mais formatées pour un site web, pas pour une réutilisation.
La refonte d'un site web est donc le bon moment pour un service public pour réaliser une ouverture de données. Un site web bien pensé permet de techniquement ouvrir ses données pour un coup minime voire nul. Une fonction d'export KML d'une carte interactive ne fait pas exploser le coût d'un site si la fonctionnalité est prévue dès l'origine. De même pour rendre un annuaire interrogeable via une mini API.
5. Que se passe-t-il s'il est fait une mauvaise utilisation de mes données ? C'est vers moi que le public se retournera !
6. Entre nous, la transparence est un problème, notamment pour les politiques. Pourquoi donner le bâton pour se faire battre ?
Certaines données ne sont pas impliquées dans ce genre de considérations, horaires d'ouverture de lieux publics, géo localisation de ces mêmes lieux, agenda exporté dans des formats standardisés. Et la transparence est aussi une arme : « je suis transparent, les autres non »
Je rajouterai par contre la question du coût. Ouvrir ses données, ce n'est pas gratuit. Il faut justifier du prix. Une des méthodes est un retour sur investissement indirect, une appli iPhone me coûte 20 000 euros, une appli Android pareil, l'ouverture des données 10 000, Donc si y a les 2 applications développé par des tiers, j'ai un retour sur investissement, j'informe mon usager via des tiers de manière plus efficace et pour moins cher. Encore faut-il être sûr que des applications soient développées, donc que les données soient utilisées. Dans une moyenne ou grande métropole, avec un bassin universitaire, ca ne pose pas trop de souci. Dans un village ou une zone moins « dynamique » c'est moins évident.
Dernière interrogation, une ouverture des données nécessite l'animation de la communauté de développeurs créée. C'est un savoir-faire et là aussi cela a un coût.
On pourrait penser que ce ràle est dévolu aux webmasters dans la même logique du transfert d'audience entre le site d'origine et les sites ou applications tierces. C'est parfois vrai, mais pas toujours car ce n'est pas le même métier et les mêmes compétences.
Amiel Lavon il y a 764 jours
La question posée n'est pas pertinente : il y a tout et n'importe quoi derrière la notion de donnée publique.
Le problème n'est pas le même pour les archives, l'état civil par exemple que pour les données de trafic des vélos en libre service. Dans le second cas, la plupart du temps, ces données sont aujourd'hui inexploitées et il y a de la valeur à créer pour le privé (appli iphones) mais aussi pour le public (meilleure rotation des vélos).Pour les archives d'état civil, ces données était jusqu'alors gratuite, leur consultation via des sites sociétés risque de les rendre payantes dès que le généalogiste souhaite des détails. il y a là incontestablment un risque de régression du service public.
tout dépend donc de quelles données on parle et de la nature du service proposé.
http://twitter.com/#!/netlocal_net
olivier devillers il y a 584 jours
Bonjour
● "Si j'ouvre mes données"
Qu'entendez-vous par "si j'ouvre"?
Question peut-être évidente mais quid de la source et du champ couvert:
Source directe / filtrée: à quel niveau de données publiques "soi-disant" brutes ai-je accès? Qu'est ce qui me garantit que les données mises à disposition sont bien celles directement captées et non déjà pré-traitées ou livrées au travers d'une grille de lecture? Ne sont pas partielles, sélectives, et en orientent donc l'interprétation postérieure?
● "Pourquoi donner le bâton pour se faire battre?"
Ce mouvement vers la transparence des données publiques implique une évolution des mentalités:
il faudra que l'entité comprenne que mettre à disposition des données publiques pour, par exemple, trouver des solutions répondant à des problématiques non résolues en interne, ie donc "avouer" des faiblesses en ce domaine, peut être plus favorable à son image que la pénaliser, car cette démarche collaborative suggère une volonté d'amélioration de son système.
L'explication de la démarche et le discours accompagnant cette ouverture semblent alors important pour ouvrir un dialogue avec des sociétés privées perçues comme des partenaires potentielles, plutôt que comme des "pilleurs". Et cela pourrait permettre de réguler un usage correct, non abusif, des données (cf "une mauvaise utilisation de mes données")
● "Que se passe-t-il s'il est fait une mauvaise utilisation de mes données ?"
Serait-il envisageable que toute entité publique officialisant ses données édite une charte - qui vaudrait, disons, "label" - balisant l'usage autorisé des données: tout utilisation impliquant atteinte à la personne etc tomberait alors sous le coup de la loi et c'est l'utilisateur malveillant qui serait alors tenu pour responsable et non le "fournisseur" de données brutes? En espérant qu'un cadre préventif soit dissuasif...
Ottavia
Ottavia Palomba il y a 580 jours
Millot
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1. Je suis une administration. Les sociétés privées vont faire de l'argent sur mes données.
Mais espérons le ! N'est il pas temps de cesser (au moins par défaut) d'opposer Publique/Privé, gratuit/payant...C'est stérile et la réalité est de toute façon toute autre. Je travail avec des logiciels Open sources gratuits, créées, mis à jour, sécurisés gratuitement par la communauté. Cette communauté est animée par des professionnels qui par leurs actions bénévoles communes ont construits un modèle économique tout à fait cohérent leurs permettant de créer à minima leur propre emploi, mais aussi des entreprises très structurés.
<monde parfait> L'impôt permet la création des bases de données, celles-ci sont réinjectées dans le domaine publique. Elles sont "retravaillées" pour servir l'intérêt générales, faciliter la mobilité, la connexion des communautés par des solutions d'information innovantes et performantes.
Le secteur public pourvoit ainsi par l'impôt le secteur privé en matière brute. Celui-ci fort de sa flexibilité, de sa créativité re-modèle cette matière pour en extraire le plus de "signification" possible et participe ainsi par ses créations à la cohésion sociale, à l'emploi...</monde parfait>
Millot il y a 773 jours