Réseau social de la Fing

Cette expédition vise à identifier des pistes d'action pour la recherche, l'innovation et les stratégies des entreprises comme des acteurs publics

Vers une première "grille de lecture" de la confiance numérique

July 22, 2010 par Renaud Francou   Commentaires (0)

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Premier point d'étape des travaux de l'expédition.
Deux mois après son lancement, nous pouvons avancer quelques "points critiques" qui nous semblent au coeur des mécanismes qui régissent la confiance numérique aujourd'hui.

 

Nous en avons identifié neuf, sans prétendre à l'exhaustivité (ces points sont détaillés et illustrés plus bas) :

 

1.La confiance "en mode P2P"

2.L'outillage de l'individu

3.Stratégies des organisations / institutions

4.Transparence et opacité des systèmes, des décisions, des modèles d'affaires...

5.La difficile montée en puissance du métier de "Tiers de confiance"

6.De nouveaux arbitrages entre valeur d'usage et risque

7.Sécurité et confiance : alliance ou contradiction ?

8.Identité numérique unique, identités multiples

9.Le rôle de la "réputation"



Cette "grille", élaborée sur la base de nos premiers constats, doit nous aider à lire un environnement de confiance (exemples : la place du marché, le campus numérique, le magasin en ligne, le site d'administration électronique) et des situations de confiance (exemples : j'organise mes vacances avec internet, je déclare mes impôts, j'achète une voiture en ligne,...).

Elle porte très largement sur les rapports entre "offre" (technologique, commerciale, de services, d'information,...) et "usages".

Deux chantiers vont donc nous occuper ces prochaines semaines :
- Compléter, affiner cette grille qui n'est ici que dans sa V1
- Y passer au crible un certain nombre de situations d'usage d'aujourd'hui, en faisant le pari que cet exercice nous aidera à mettre en lumière des "pistes hétérodoxes" de la Confiance


Et surtout, de nous aider à mettre en lumière ce qui, dans les mécanismes de confiance, est réellement impacté par le numérique et les réseaux (ou pas, ou beaucoup moins dans certains cas).

 

Comme toujours, n'hésitez pas à reformuler, critiquer ou nous indiquer des voies plus fertiles !!

 

 


1- La confiance "en mode P2P"

Une tentation forte de court-circuiter les intermédiaires traditionnels au profit de réseaux de pairs :
- pour une information perçue comme plus fiable (ou a minima plus équilibrée), sur l'actualité, sur des produits ou services, sur sa situation de santé, etc.

- voire pour des transactions, d'achat-vente, d'échange de services, de prêt ou de financement...


En quoi cela interroge t-il la confiance ?


En quoi le numérique et les réseaux régénèrent-ils l'approche de "proche en proche" (passage à l'échelle, nouveaux domaines,…) ?

De nouvelles (inter)médiations se mettent-elles en place ? Des changements dans les mécanismes ?

Vraie nouveauté ou vieille illusion ?


Curseurs à déplacer


Confiance verticale (ascendante-descendante) vs. confiance horizontale ou oblique

La désintermédiation (plus ou moins)

La distance (protège ou inquiète ?)

L'argent (plus ou moins présent dans la situation étudiée)
Les questions d'échelle (distinguer "géographique" de "volume" ?)



2- Un individu (vraiment ?) outillé pour négocier de la confiance

Le discours sur la montée en puissance du "consomm'acteur" met en scène un individu de plus en plus outillé face aux organisations qui veulent tout savoir de lui. Un individu suffisamment armé pour se mettre en situation de négocier avec les organisations qui le sollicitent.
- voire pour des transactions, d'achat-vente, d'échange de services, de prêt ou de financement...


En quoi cela interroge t-il la confiance ?

 

Les individus sont-ils vraiment outillés ou ont-ils juste l'impression de l'être ? L'outillage de l'individu lui permet-il de se mettre en position de symétrie vis à vis des organisations ?

Quels seraient les outils vraiment pertinents ?

Quel lien entre outillage individuel et approches collectives ? Quels risques ?


Curseurs à déplacer


Confiance empowerment (j'ai confiance parce que je me sens armé et autonome) vs Confiance plug and play (j'ai confiance parce qu'on s'occupe de tout pour moi)

La désintermédiation (plus ou moins)

La technique (confiance en mon environnement technique, en le cloud,...)


 


3- Des organisations déstabilisées face à la circulation de l'information et à la montée en charge du consomm'acteur

 

Face à la circulation de l'information en milieu ouvert, les organisations ne savent pas sur quel pied danser pour :

maîtriser leur image, l'information qui circule à leur propos, établir un autre dialogue avec les consommateurs, créer de la confiance, celle-ci pouvant être détruite, tant par une information négative, que par une attitude de contrôle excessive.

En quoi cela interroge t-il la confiance ?

 

Des organisations qui ne savent pas aborder  la question du "sourcing" de l'information venue de tous et de partout.

Quelles stratégies de maîtrise de l'information sur elles-mêmes vont-elles mettre en place ?

Quelles modalités d'analyse, d'accréditation de l'information ?

 

Curseurs à déplacer


Paysage organisationnel classique offre-usages vs paysage déstabilisé-recomposé (où les anciens acteurs se sont réorganisés ou de nouveaux acteurs les ont remplacés ou les usagers ont pris le dessus

La désintermédiation (plus ou moins)

La technique (confiance en mon environnement technique, en le cloud,...)

 

 


4- Transparence et opacité des systèmes, des décisions, des modèles d'affaires...

 

Mieux armé, le consommateur se questionne différemment à l'heure du choix : "est-ce que je comprends ton modèle d'affaire ? Celui-ci suppose t-il que, si tu gagnes, je perds ? As-tu mes intérêts à coeur ?"

Ceci peut concerner les modèles d'affaires, les systèmes techniques (demande d'accès au code), les modèles décisionnels, etc.


En quoi cela interroge t-il la confiance ?

La transparence est-elle l'ennemi de la confiance, ou au contraire son garant ? Y a-t-il des conditions et des limites à la transparence ? Y faut-il des médiateurs et si oui, lesquels ?

Curseurs à déplacer


Complexité vs opacité vs lisibilité (J'ai confiance parce que c'est lisible - j'ai confiance bien que ce soit complexe ou opaque (mais aussi : je n'ai confiance bien que ce soit lisible - je me méfie parce que c'est complexe et opaque)

Les questions "anthropologiques" (rituels de la confiance etc)

La désintermédiation (plus ou moins)

La technique (confiance en mon environnement technique, en le cloud,...)

 

 


5- La difficile montée en puissance du métier de "Tiers de confiance"

Les "tiers de confiance" ont du mal à trouver leur marché. Ils se posent comme garants d'une confiance "dure", comme générateurs et conservateurs de preuves (identification, signature, archivage...).

Mais le consentement à payer pour une telle activité semble faible.

En quoi cela interroge t-il la confiance ?


Est-ce un problème de fond ou un passage ? Manque-t-il des conditions ?

Comment faire confiance à un tiers de confiance ?

Qu'a-t-on vraiment besoin de déléguer à un tiers de confiance ?

Quelle doit être la relation avec un tiers de confiance ? Veut-on le connaître ou travaille-t-il de manière invisible ?

Et si la demande était plutôt d'un tiers "agent", "majordome", auquel on délègue en toute confiance des tâches complètes, qui nous représente... ?

Coffre-fort ou "coffre-faible" (moins protégé mais délibérément très accessible, de partout...) ?


Curseurs à déplacer


Confiance dure vs confiance faible (au fait, qu'a t-on vraiment besoin de protéger ????)
La distance (protège ou inquiète ?)
L'argent (plus ou moins présent dans la situation étudiée)
Le droit (de la loi au contrat, à la norme, à la charte, aux CGU, à l'accord tacite)
La technique (confiance en mon environnement technique, en le cloud,...)
La désintermédiation (plus ou moins) (là aussi, le numérique n'en est pas synonyme)
Les questions "anthropologiques" (rituels de la confiance etc)


6- De nouveaux arbitrages entre valeur d'usage et risque


Un arbitrage souvent peu explicite entre  prise en charge du risque (focalisation sur la valeur de l'acte, assurance...) ou réduction du risque (sécurisation juridique, technique...)

Un équilibre assez différent entre Europe et USA, par exemple.


En quoi cela interroge t-il la confiance ?


Entre annihilation et couverture du risque, y a-t-il un spectre sur lequel on pourrait jouer plus finement ?

Comment comparer le coût du risque, et celui des mesures destinées à le contrecarrer ou le couvrir ?

Comment rendre l'arbitrage plus explicite pour les acteurs ? Le faut-il ? 


Curseurs à déplacer


Anhilier le risque vs assumer le risque
La distance (protège ou inquiète ?)
L'argent (plus ou moins présent dans la situation étudiée)
Le droit (de la loi au contrat, à la norme, à la charte, aux CGU, à l'accord tacite)


7- Sécurité et confiance : alliance ou contradiction ?


La "confiance" dans les relations numériques est souvent assimilée à la sécurité (authentification, preuve...). Or :

Il peut y avoir sécurité sans confiance entre les interlocuteurs

Très faible consentement à payer 'même avec son temps) les systèmes de sécurité, de la part des consommateurs (voire parfois les professionnels) 


En quoi cela interroge t-il la confiance ?

 

Y a-t-il opposition entre sécurité et confiance ? Entre contrat et confiance ?

Comment définir le bon équilibre, la bonne alliance ? Quels arbitrages entrent-ils en jeu ?

Quelles pistes pour une confiance numérique sans sécurité formelle ? Pour une sécurité qui inspire confiance ?


Curseurs à déplacer


Confiance dure vs confiance faible (au fait, qu'a t-on vraiment besoin de protéger ????)
La distance (protège ou inquiète ?)
L'argent (plus ou moins présent dans la situation étudiée)
Le droit (de la loi au contrat, à la norme, à la charte, aux CGU, à l'accord tacite)
La technique (confiance en mon environnement technique, en le cloud,...)
La désintermédiation (plus ou moins) (là aussi, le numérique n'en est pas synonyme)
Les questions "anthropologiques" (rituels de la confiance etc)



8- Identité numérique unique, identités multiples


D'un côté, une volonté de converger vers une identité unique, ou pivot, ou fédérée, et fortement sécurisée : biométrie, "titre fondateur" sécurisé, fédération d'identités...

De l'autre, une tendance à la multiplication d'identités spécialisées, plus ou moins durables, plus ou moins cloisonnées.

En quoi cela interroge t-il la confiance ?

 

Quelle place pour les identités "certifiées" / les identités "arbitraires" ? Faut-il, peut-on les relier ?

Comment mettre en relation cette tension avec ce que l'on sait du travail identitaire aujourd'hui ?

La situation actuelle est-elle liée à un état des techniques, ou traduit-elle une tension plus fondamentale ?

Quelle place pour l'anonymat dans la confiance ?


Curseurs à déplacer


La matérialité (support physique des identités)
La distance (protège ou inquiète ?)
L'argent (plus ou moins présent dans la situation étudiée)
La technique (confiance en mon environnement technique, en le cloud,...)
La désintermédiation (plus ou moins) (là aussi, le numérique n'en est pas synonyme)


9- Le rôle de la réputation

La réputation est un système de circulation de la confiance éprouvé de longue date, qui a des applications numériques. Mais elle n'a pas non plus pris l'importance qu'on lui prédisait il y a 4-5 ans. En particulier, la réputation dans un univers (eBay, les commentaires d'Amazon, les articles de tel site communautaire, les posts de tel forum...) ne se transfère pas ou peu dans d'autres univers.

 

En quoi cela interroge t-il la confiance ?

 

Peut-on vraiment quantifier une réputation ? Les approches de type eBay sont-elles transposables  et si oui, à quoi ? Peut-on transférer, agréger, évaluer une réputation, entre individus, entre contextes... ?

A quelles conditions la "réputation" passe-t-elle à l'échelle (entre domaines, entre inconnus...) ?

Quels sont les apports et les risques d'une approche par la réputation ?

La réputation individuelle fonctionne-t-elle de la même manière que celle d'une entreprise ? Comment les relier ?


Curseurs à déplacer


La matérialité
La distance (protège ou inquiète ?)
L'argent (plus ou moins présent dans la situation étudiée)
La technique (confiance en mon environnement technique, en le cloud,...)