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Eric Brousseau : la confiance est le fruit de la combinaison de faisceaux de confiance

July 29, 2010 par Renaud Francou   Commentaires (0)

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Dans son article "La confiance : valeur fondamentale et outil indispensable" de 2008 (et publié dans le cadre de l'Observatoire de la Confiance de la Poste, Eric Brousseau, économiste à Paris X, nous éclaire sur les mécanismes qui régissent la confiance aujourd'hui.


Pour lui, la confiance est "le fruit d'un faisceau de croyances, dans telle ou telle circonstance particulière".
Seraient ainsi en jeu des facteurs qui font, défont, entretiennent, détruisent... la confiance, et que ces mécanismes résulteraient de la manière dont sont combinés ces facteurs entre eux.


Une porte d'entrée intéressante pour l'expédition, donc : en regardant d'un peu plus près et à l'aide d'exemples d'usage lesquels de ces facteurs sont peu ou prou transformés par (avec ?) le numérique et les réseaux, il sera plus aisé d'en déduire si les mécanismes et les environnements de confiance sont, eux aussi, affectés - ou non.

 

D'autres apports intéressants peuvent être déduits de l'analyse d'Eric Brousseau.


 

Définition

Si on parle de "confiances", c'est à dire d'un facteur primordial au déclenchement d'une action (rentrer en relation, acheter, prendre une décision…)  on retient cette définition, décontextualisée :

 

 

Pari fait par un individu sur le comportement coopératif de l’autre dans une situation où le premier choisit délibérément de se mettre en situation de vulnérabilité vis-à-vis d’autrui.

 

Une croyance/anticipation qui répond à un besoin de lever le doute sur le comportement d’autrui (ou d’un système) dans une situation où il ne peut y avoir de garantie absolue quant à son comportement futur

 

(Puisque la confiance ne peut être une certitude ancrée dans le calcul rationnel), elle est une croyance, une probabilité subjectivement accordée à la capacité et aux intentions de l’autre

 

Un apport fort pour les travaux qui nous occupent : et si le sujet, c'était autant la coopération, la mise en relation que la confiance elle-même ?

 

Caractéristiques


L'économiste décrit ensuite quelques caractéristiques de la confiance :

  • La confiance ne se décrète pas… c'est là le problème !

  • Elle est nécessaire pour l'action, notamment l'interaction entre les individus

  • Elle peut en soi avoir une valeur monétaire (c'est le cas des marques)

  • Paradoxalement, tout le monde se méfie de l'injonction "Ayez confiance"

  • Elle est un facteur clef de la coopération (donc de l'action), mais n'est pas indispensable ; la peur de représailles peut s'y substituer (coopérer sous certitude de contraintes). La coopération peut naître de la certitude de sanctions.

  • Elle a une valeur morale, sacralisée, en particulier dans nos sociétés

  • Dans les sociétés contemporaines, l'enjeu est de recréer de la confiance.
    La transparence entre en jeu : il faut assurer un équilibre vertueux entre liberté et sécurité personnelle

 

Les mécanismes générateurs de la confiance

 

Ces mécanismes sont de 2 types :

  • Des éléments propres à l'autre partie : sa compétence, son honnêteté
  • Des éléments environnementaux : dynamisme de l'économie et de la société, qualité du cadre institutionnel, etc.

 

Donc, sauf cas limites, la confiance résulte de la combinaison de tout un tas de mécanismes qui, chacun, n'offrent que des garanties imparfaites, mais qui, ensemble, contribuent à garantir le comportement d'autrui.


Elle est le fruit d'un faisceau de croyances, dans telle ou telle circonstance particulière :

  • Le contrat, qui engage la réputation, donne des moyens de représailles
  • L'engagement de long terme, qui diminue les incitations à trahir (destruction du capital relationnel)
  • Les réputations, qui se construisent au sein des réseaux relationnels et contribuent à garantir les comportements individuels
  • Les réputations collectives, créées par les organisations
  • Les institutions formelles et informelles qui encadrent les comportements individuels par des normes et des mécanismes de sanction ; ceux-ci deviennent ainsi plus prévisibles
  • L'environnement social, c'est à dire les réseaux sociaux autour de l'individu

 


C'est la combinaison de ces différents mécanismes (plus ou moins intentionnellement crées par les acteurs) qui fait naître et renforce le sentiment de confiance.

Pour Eric Brousseau, il existe cependant quelques cas limite où il est possible de provoquer de la coopération avec certitude.
Les limites de la "certitude de représailles" : la certitude sur la fiabilité de l'autre a peu de chances d'émerger

  • La défiance est l'attitude dominante  : seules des conditions très strictes évitent que naissent des comportements stratégiques de trahison
  • La présomption d'innocence conduit à une répression imparfaite